DES RESSOURCES MAJEURES SOUS PRESSION – 2/ L’eau (2ème partie) (3)

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3/ Les conséquences environnementales, sociales et géopolitiques de l’exploitation des fleuves

Tout le sud de la Turquie est une région de culture du coton. Le pays s’est hissé au sixième rang mondial des plus gros producteurs de coton. C’est une plante gourmande en eau. La culture du coton nécessite 120 jours arrosés pour assurer la croissance. Si le climat n’est pas assez humide, il faut compenser le manque de pluie par une irrigation importante des champs. La culture du coton ne se limite pas à la Turquie, elle est aussi pratiquée en Syrie et en Irak, où le climat est pourtant beaucoup plus sec.

Selon les techniques utilisées, il faut entre 5 400 et 19 000 litres d’eau pour produire 1 kg de coton (1 650 litres pour un kg de blé et 3 700 litres pour un kg de riz).

La récolte du coton dans le sud-est de la Turquie

 

Si beaucoup d’habitants des bords de l’Euphrate et du Tigre sont des agriculteurs, nombreux sont aussi les pêcheurs et ceux qui vivent du tourisme. Il existe de nombreux sites touristiques importants dans cette région – l’ancienne « Mésopotamie » – qui est celle où sont apparues les civilisations les plus anciennes (Assyriens, Babyloniens…) et où les villes, l’agriculture et l’écriture ont été inventées. Tout ce patrimoine est menacé à Hasankeyf, l’une des villes les plus anciennes du monde, qui risque d’être détruite par la construction du barrage d’Ilisur.

L’achèvement de cet ouvrage, prévu en 2017 a été retardé en raison des nombreuses oppositions qui se sont exprimées. Même l’Union européenne et l’Unesco ont protesté contre les conséquences qu’allait avoir la construction du barrage. Plusieurs banques européennes qui finançaient le projet ont décidé de s’en retirer par peur que cela ne leur fasse une mauvaise publicité. Pourtant, les travaux ont repris et le barrage est maintenant achevé et va bientôt entrer en service :

VIDÉO N°2

Une autre vidéo accessible sur YouTube illustre l’importance des transformation de la région du barrage : cliquer ici

Le barrage d’Ilisur n’est que l’ultime étape de l’aménagement des deux grands fleuves mésopotamiens. D’ailleurs, la Turquie n’est pas la seule à essayer de capter l’eau à son profit. La Syrie et l’Irak ont également construits de de nombreux barrages et canaux de dérivation, comme le montre la carte ci-dessous (qui ne représente que les barrages les plus importants) :

 

Pourtant, la Turquie est accusée de provoquée des pénurie d’eau dans ses deux voisins du sud à force de prélever trop d’eau dans les deux fleuves.

Dès 1916 des tentatives d’accords sur le partage équitable des eaux ont eu lieu mais à l’époque ces territoires étaient des colonies de l’Empire Ottoman (puis, à partir de 1919, l’Irak et la Syrie étaient des colonies du Royaume Uni et de la France.

Devenus indépendants, ces territoires ont continué à chercher un accord mais la difficulté était qu’il fallait se mettre d’accord à trois. Par exemple, les Turcs et les Syriens ont signé un accord en 1964, mais les Irakiens estimaient que cet accord leur laissait trop peu d’eau. L’Irak réclamait une dotation de 18 milliards de m3 annuels d’eau de l’Euphrate, la Syrie de 13 milliards de m3 et la Turquie de 14 milliards de m3. Cela représentait un total de 45 milliards de m3 par an alors que le débit réel du fleuve n’était que de 30 milliards de m3 par an. Il était donc impossible de satisfaire tout le monde. Les accords signés n’étaient jamais respectés.

Le barrage de Tabqa et l’immense lac de retenue qu’il a formé (le lac Al-Assad)

 

A l’époque, ce n’était pas très grave car la population était trois fois moins nombreuse qu’aujourd’hui et la consommation d’eau était beaucoup plus faible. Même en n’obtenant que la moitié de ce qu’ils réclamaient, les trois pays disposaient largement assez d’eau pour leurs besoins.

Les relations entre les trois pays se sont fortement dégradées à partir du moment où la population s’est mises à augmenter fortement (du fait de la transition démographique) et où les trois pays ont commencé à bâtir les premier grands barrage comme celui de Tabqa, en Syrie en 1973.

Depuis 1975, il existe un accord entre la Syrie et l’Irak pour que la première laisse au second 58% des eaux de l’Euphrate qu’elle reçoit. Mais comme le GAP lui laisse de moins en moins d’eau, ces 58% représentent une quantité qui diminue d’année en année.

De plus, comme la région a développé l’agriculture irriguée sur les rives des deux fleuves, les rejets d’eau polluée par les pesticides et les engrais chimiques entraînent une dégradation de la qualité de l’eau des fleuves. Sans même parler des nombreuses villes des rives de l’Euphrate et du Tigre, qui rejettent leurs égouts dans les fleuves.

Des millions de poissons sont morts dans l’Euphrate en 2018 en raison de la sécheresse et d’une pollution d’origine inconnue.

Questions :

9/ Pourquoi le développement de la culture du coton sur les bords de l’Euphrate et du Tigre soulève-t-il de nombreuses inquiétudes (attention, il y a plusieurs raisons) ?

10/ D’après les vidéos n°2 et 3, quels sont les principaux arguments des opposants au barrage d’Ilisur ? Que leurs répondent les défenseurs du projet ?

11/ Pourquoi est-il si difficile de trouver un accord de partage de l’eau entre la Turquie, la Syrie et l’Irak ? Recherchez un autre exemple de conflit entre deux pays (ou plus) pour le partage de ses eaux.

12/ D’après l’article de journal suivant : https://www.franceculture.fr/geopolitique/la-bataille-de-leau-entre-la-turquie-et-lirak, pourquoi la situation s’est-elle dégradée entre la Turquie et ses deux voisins arabes depuis 2018 ?