APHRODITE’S CHILD – 666

Aphrodite's child - 666

APHRODITE’S CHILD

Aphrodite’s Child est un groupe d’origine grecque bien qu’ayant fait toute sa (courte) carrière entre Paris et Londres. Les musiciens avaient quitté leur pays natal autant pour favoriser leur accession à une audience internationale que pour fuir la dictature des colonels.
Entre 1968 et 1970, le groupe a publié deux albums de pop musique mêlant des influences psychédéliques (comme sur les chansons “The Grass Is No Green” ou “You Always Stand in My Way”, sur l’album “End of the world”, 1968, ou bien “Let Me Love, Let Me Live” sur l’album “It’s Five O’clock”, 1969), des slows aux arrangements sophistiqués rappelant Procol Harum ou les Moody Blues (par exemple “Rain and Tears” ou “It’s five o’clock”, qui furent les deux plus grands hits du groupe, tous deux disques d’or) ou encore des morceaux d’inspiration diverse allant de la Country au Cabaret.
Le groupe a ensuite enregistré un double album expérimental intitulé “666” avant de se séparer quelques semaines avant la publication de ce dernier.
Deux de ses membres ont acquis par la suite une notoriété internationale : le claviériste et principal compositeur Vangelis (de son vrai nom Evangelos Odysseas Papathanassiou), célèbre pour ses disques de musique électronique (”Spiral”, “Pulstar”) et ses musiques de films (”Blade Runner”, “1492, Christophe Colomb”, “Les chariots de feu”, etc.) et le chanteur Demis Roussos, qui fut célèbre tout au long des années 70-80 pour ses slows sirupeux.

aphrodite's Child

666

L’expression “disque culte” est aujourd’hui très largement galvaudée. J’ai même déjà entendu parler de disque culte à propos de l’album “Thriller”, de Michael Jackson, pourtant vendu à plus de 50 millions d’exemplaire. Pourtant, cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de vrais disques cultes. Mais pour avoir droit à cette appellation, encore faut-il répondre à un certain nombre de critères : l’album culte doit avoir eu un faible succès commercial au moment de sa sortie, voir aucun succès. Il doit cependant avoir obtenu des critiques positives qui n’ont pourtant pas suffi à assurer sa diffusion. Le plus souvent, bien que le temps n’ait pas  permis de corriger cette injustice, il n’a toutefois, contrairement à la plupart des disques ordinaires, eu aucune prise sur la notoriété du disque auprès d’un noyau restreint mais constant d’admirateurs. En somme, l’album culte jouit de la vénération d’un groupe d’aficionados peu nombreux mais fidèles.
Si malgré le zèle prosélyte de ses adeptes, l’album culte peine à sortir de la confidentialité, c’est qu’il répond le plus souvent à un ultime critère : il doit être d’un abord malaisé, très original, musicalement complexe ou en tout cas en dehors des sentiers battus.
“666”, album posthume publié par le groupe grec “Aprodite’s Child” en 1972 répond en tous points à ces critères.

Vangelis ne voulait pas se contenter du succès un peu facile obtenu grâce aux deux albums pop publiés entre 1968 et 1969. Il avait en tête une œuvre beaucoup plus ambitieuse. Les autres membres du groupe étaient plus partagés quant à ce projet et quant à la suite à donner à leur carrière. S’ils acceptèrent de terminer l’enregistrement du disque, ils partirent ensuite chacun de leur côté, mettant un terme à l’existence d’Aphrodite’s Child avant même la publication de l’album.
La maison de disque Philips, chez qui Aphrodite’s Child avait signé trois ans plus tôt, fut assez interloquée en découvrant les bandes enregistrées à Paris entre 1970 et 1971. La musique n’avait à peu près rien de commun avec les deux albums précédents et n’offrait pas de perspectives commerciales : hormis la chanson “Break”, il n’y avait même pas de quoi faire un single.
Mais Philips tabla sur le fait que les deux premiers albums s’étaient vendus à près de 20 millions d’exemplaires dans le monde ; “666” serait probablement acheté par une partie des acheteurs des deux autres disques, et tant pis si eux aussi étaient choqués par ce qu’ils y découvriraient.

Que pouvait-il donc y avoir de choquant sur ce disque ? A vrai dire à peu près tout.
La pochette, dans sa simplicité, était assez intrigante. Le titre de l’œuvre l’était également, sauf pour ceux qui étaient suffisamment familier de la bible pour savoir que 666 est le nombre de la bête (Apocalypse de Saint-Jean, XIII, 18), ce qui n’avait rien de très rassurant. Mais par dessus tout, c’est la musique, bien sûr, qui était l’élément le plus déstabilisant.
Mais commençons par les paroles.
“666” s’inspire en effet du texte de l’Apocalypse de Saint-Jean. C’est ainsi qu’y sont évoqués les 4 cavaliers de l’apocalypse (”The Four Horsemen”), les sept sceaux renfermant les fléaux de l’armageddon (”The seventh seals” et “The Battle of the Locusts”), et bien sûr le diable (”The Wakening Beast”, “The Marching Beast”). Si Vangelis a composé la musique de tout l’album, les paroles sont dues au poète et cinéaste grec Costas Ferris, lui aussi en exil à Paris à cause de la dictature des colonels et qui s’était lié d’amitié avec son compatriote.
Le thème du disque est, comme l’a expliqué Vangelis lors d’une interview, une relecture des événements de 1968 à travers le prisme biblique, avec la société de consommation dans le rôle de Babylone. Plus précisément, l’histoire est celle du Big Circus, Troupe avec acrobates, danseurs, éléphants, tigres et chevaux qui donne un spectacle sur l’Apocalypse sous une immense tente. Au même moment, la vraie apocalypse a lieu à l’extérieur. La tente disparaît, les deux spectacles fusionnent et l’action devient alors un combat entre le Bien et le Mal. C’est du moins ce que Vangelis a raconté, car il est impossible de comprendre la signification précise de cette oeuvre rien qu’en lisant les textes qui figurent à l’intérieur de la pochette du disque et qui demeurent somme toute assez succincts.
En fait, les textes sont assez peu nombreux sur l’ensemble de l’album. Une bonne moitié des chansons (14 sur 25 exactement) sont des instrumentaux.
Plusieurs morceaux sont extrêmement courts : le premier, “The system”, n’excède pas 23 secondes. En tout, huit morceaux ont une durée inférieure à une minute trente. Inversement, il y a plusieurs morceaux assez longs (autour de six minutes) et même un de 19 minutes.
Le style musical est encore plus varié. Cela va du rock psychédélique (comme dans le somptueux “The Four Horsemen”) à l’incantation religieuse (”Lament”) en passant par l’acid rock (”The Day of the locusts”, “Do it”, tous deux avec une incroyable prestation de Silver koulouris à la guitare), le jazz (”Altamont”, “The marching beast”, “Tribulation”), la musique traditionnelle grecque (”The lamb”), le rock planant (”Break” et “Aegian sea”), la musique contemporaine (”The wakening beast”, “∞” et “The wedding of the lamb”), ou bien tous ces styles à la fois comme dans la longue pièce récapitulative “All the Seats Were Occupied”.
Le morceau “∞” est l’un des plus marquants du disque : on y entend la comédienne Irene Papas, comme en transe, répèter durant plus de cinq minutes sur fond de percussions la phrase « I was, I am, I am to come »; son débit s’accélère, sa voix devient rauque, on jurerait qu’elle ressent l’orgasme de son accouplement avec la bête. Un version de 39 minutes avait été enregistrée mais fut raisonnablement réduite à 5:15mn pour le disque. Même ainsi raccourci, ce titre entraîna l’interdiction du disque dans plusieurs pays chatouilleux sur la morale (la Grèce ou l’Espagne, par exemple).
Précisons que le rôle de Demis Roussos est réduit sur l’ensemble de l’album, mais que s’il chante peu (on l’entend seulement sur les titres “Babylon”, “The Four Horsemen”, “Lament”, “The Beast”, “Hic and nunc” et “Break”), il le fait à merveille au point de nous faire regretter qu’il n’ait pas eu un peu plus d’ambition dans la conduite de sa carrière ultérieure. Je dis ça car un bon copain à moi m’a dit un jour, alors que je lui parlais de ce disque, qu’il ne l’avait jamais écouté parce qu’il ne pouvait pas encaisser Demis Roussos. Or, sur les critiques mises en lignes sur la page Amazon du disque, il y a également une remarque de ce genre d’un gars qui avoue avoir été longtemps rebuté à l’idée que le chanteur du groupe soit Demis Roussos.
En tout cas, lorsque j’ai emprunté ce vinyle à la médiathèque de la Courneuve, vers 1990, je ne savais pas qui en était le chanteur et, de toute façon, je ne connaissais de Demis Roussos que sa silhouette de géant velu pour l’avoir quelque fois entre aperçu à la télévision. J’ai juste été un peu étonné de découvrir son nom sur la pochette mais ça ne m’a pas perturbé plus que ça.
J’espère qu’il en sera de même pour vous si vous ne connaissez pas encore ce fabuleux disque.

1 Commentaire

  1. Briois

    très très grand disque chez VERTIGO ( il existe une édition avec la pochette en noir )
    je me souviens avoir été à un concert privé du groupe à l’Hotel George V à Paris en 1969 pour la parution du 45t « Spring, Summer, Winter and Fall »
    concert fabuleux
    depuis je suis Vangelis Papathanassiou (presque) comme son ombre au rythme de ses oeuvres … c’est quand même, avec ses synthés & claviers en tout genre, beaucoup mieux que les rythmes répétitifs de Jean-Michel Jarre !! et j’évite de parler de ses prétendus musiciens que sont Guetta, Sinclair et consors avec leurs boîtes à musique

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