TALK TALK

Le meilleur groupe des années 80? Sûrement l’un des plus originaux et des plus attachants, en tout cas. Incroyablement sous-estimés et trop souvent assimilés à leurs deux tubes de l’année 84 : « It’s My Life » et « Such A Shame » (excellentes chansons au demeurant) alors que l’album suivant (« The Colour of Spring« , 1986) est un pur joyau de la première à la dernière note.

Les concerts de Talk Talk sont assez durs à trouver d’autant que le groupe n’a pas tourné énormément (seulement de 1982 à 1986). Ils sont intéressants car certaines chansons sont interprétées d’une manière assez différentes des versions studio (It’s My Life, en particulier).

Talk Talk est un groupe qui a connu une brève période de notoriété au milieu des années 80 avant de disparaître du paysage musical – du moins aux yeux du grand public, car il devenait dans le même temps une sorte de groupe mythique pour un noyau de fans irréductibles, dont beaucoup n’avaient pas mesuré sa réelle originalité avant qu’il ne disparaisse.

Qu’est-ce qui détermine la réussite commerciale d’un artiste ? Une multitude de facteurs, qui peuvent se partager entre deux grandes catégories :

Il y a d’abord un certain nombre de facteurs qui ne dépendent pas, ou très peu, de la volonté de l’artiste lui-même, ni de son talent. On pourrait donc les qualifier de facteurs externes. Il s’agit par exemple de la promotion mise en œuvre par la maison de disque, de la qualité du travail d’enregistrement réalisé par les techniciens, de l’apport de musiciens déjà célèbres qui participent à l’œuvre d’un confrère moins connu et confèrent à l’œuvre une part de leur notoriété, de l’originalité de la pochette de disque et de la séduction visuelle qu’elle exerce, ou encore d’un contexte artistique favorable, comme l’absence ou la faiblesse de la concurrence artistique durant un certain lapse de temps ou encore la chance de bénéficier d’une visibilité médiatique grâce à un passage télévisé ou à une apparition lors d’un grand festival. Ces multiples facteurs peuvent se combiner de toutes les manières possibles et, par là même, se renforcer mutuellement.

Mais la réussite commerciale résulte tout autant de la qualité intrinsèque de l’œuvre. Par qualité, je n’entends pas un jugement objectif, qui est impossible dans le cas d’une œuvre d’art, mais sa nature, son originalité, sa complexité. Il arrive parfois que la musique d’un artiste rencontre miraculeusement son public et connaisse un succès spontanée et immédiat. Le plus souvent, c’est le signe que cette musique correspond à l’air du temps. Trop en avance sur son temps, elle rebutera la masse des auditeurs, qui ne la comprendront pas ; trop à la traîne de la concurrence, le succès sera généralement superficiel et de courte durée, car la mode change régulièrement. L’exemple probablement le plus spectaculaire d’une musique épousant son époque est celui des Beatles. Les exemples inverses, ceux d’artistes ignorés par le public, sont innombrables mais par définitions inconnus, hormis quelques cas particulier où la persévérance d’un artiste finit par lui apporter le succès et amène le public à réévaluer ses œuvres antérieurs, qui étaient jusque là restées dans l’ombre. C’est un peu le cas de David Bowie, qui a attendu son cinquième album (Ziggy Stardust) avant de connaître une véritable percée commerciale.

Sauf concours de circonstance ou génie, les artistes de rock ne rencontrent que rarement les attentes d’un vaste public (du moins sans l’aide des facteurs externes mentionnés plus haut). Ils ont donc souvent tendance à favoriser cette rencontre en collant à la mode en cours ou en adaptant leur propre musique, on pourrait dire en l’aseptisant, de manière à la rendre plus facilement abordable par un plus grand nombre de gens. C’est ce qu’on appelle péjorativement « faire du commercial », ou bien, un peu plus pompeusement, « vendre son âme au diable ».

Il est dans la nature humaine d’apprécier le succès et la popularité (encore qu’il existe des exceptions à cette règle), mais la limite des sacrifices que chacun est près à consentir pour obtenir cette reconnaissance varie énormément d’un individu à un autre. Le cas le plus extrême – à mon avis, et en tout cas le plus célèbre – d’un artiste acceptant une dépersonnalisation complète pour épouser les soi-disant attentes du public est peut-être celui de Michael Jackson, évoluant progressivement vers une musique et une apparence physique totalement artificielles, sorte de synthèse universelle censée pouvoir plaire à toute l’humanité. Le clip de la chanson « Black or white » illustre un peu cette vision du monde « United colors of Benetton », cette entreprise de mondialisation musicale qui rappelle les publicité d’IBM ou les parcs d’attraction de Disney.

Au contraire, beaucoup font preuve d’une grande intégrité. S’ils se résolvent, sous la pression de leur entourage (managers, partenaires, ingénieurs du son…) à apporter des modifications commerciales à leur œuvre, ces transformations sont alors le résultat d’un âpre marchandage et de tensions qui aboutissent fréquemment à la scission d’un groupe ou au naufrage d’un artiste, dont l’inspiration est comme anesthésiée par les trahisons concédées.

Cette longue introduction a pour objectif d’expliquer en quoi le groupe Talk Talk est peut-être l’un des exemples les plus forts de ces tensions internes qui déchirent les artistes entre, d’un côté, leur tendance naturelle à vouloir préserver leur intégrité et la personnalité de leur musique et, de l’autre, leur espoir de parvenir à faire partager leur œuvre au plus grand nombre.

On peut suivre l’évolution de ce dilemme dans leur discographie : un premier album (« The Party’s over », 1982) complètement influencé par la maison de disque et les techniciens de studio, désireux de surfer sur la vague de la synth pop à la Duran Duran ; un deuxième album (« It’s my life », 1984) plus maîtrisé et où percent les traces d’une personnalité musicale infiniment plus originale, en particulier dans les chansons « Renée » et « Tomorrow started » ; ce deuxième album comporte aussi deux chansons qui, tout en étant originales et ambitieuses, connaissent un grand succès public (en particuler « It’s a shame »), signe qu’à ce moment de sa carrière, Talk Talk est en phase avec son époque ; le succès obtenu donne au groupe une certaine indépendance qui lui permet d’enregistrer un troisième album encore plus personnel : « The colour of Spring », 1986. Ce disque marque l’apogée artistique et commerciale du groupe. Par la suite, et dans un temps assez rapide, le fossé se creuse d’une part entre le groupe et le grand public, et d’autre part entre le groupe et sa maison de disque. L’histoire de Talk Talk s’achève avec la dissolution du groupe et le retrait total de la scène musicale par son fondateur et principal créateur Mark Hollis.

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BOOTLEGS DE TALK TALK

(Liste alphabétique)

BBC ’82 – 10/04/1982

COUNTDOWN CAFE – 25/05/1984

KURHALLE OBERLAA, WIEN 1986 – 05/04/1986

LIVING IN ANOTHER WORLD – 23/06/1986

MANHATTAN (BELGIUM) – 28/03/1986

METROPOL, WIEN – 13/10/1984

MONTREUX JAZZ FESTIVAL 1986 – 11/07/1986

PADOVA (ITALY) – 1986 – 08/04/1986

PALACE – 24/09/1984

SALAMANCA ’86 – 10/09/1986

TALKING COLOURS – 08/05/1986

UTRECHT ’84 – 27/05/1984

WERCHTER FESTIVAL 1986 – 16/07/1986

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BOOTLEGS DE TALK TALK

(Liste chronologique)


10/04/1982 – BBC ’82

25/05/1984 – COUNTDOWN CAFE

27/05/1984 – LIVE UTRECHT ’84

24/09/1984 – LE PALACE

13/10/1984 – METROPOL, WIEN

28/03/1986 – LE MANHATTAN

05/04/1986 – KURHALLE OBERLAA, WIEN 1986

08/04/1986 – PADOVA (ITALY) – 1986

08/05/1986 – TALKING COLOURS

23/06/1986 – LIVING IN ANOTHER WORLD

11/07/1986 – MONTREUX JAZZ FESTIVAL 1986

16/07/1986 – WERCHTER FESTIVAL 1986

10/09/1986 – SALAMANCA ’86

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