BLACK SABBATH – BLACK SABBATH (1970)

C’est au cours de mon année de lycée de première, je me suis lancé à corps perdu dans le hard rock et le heavy-metal (voir à ce propos ma chronique de l’album « Kill’em all de Metallica » ou bien celle consacrée à « Let There Be Rock », d’AC/DC, qui expliquent comment je suis tombé dans le chaudron de la potion magique électrique.

Aux vacances de Pâques, j’étais allé à Florence, où vivait mon père. Là, je connaissais toutes les boutiques de disques. Il y en avait une, en particulier, situé dans la galerie marchande souterraine qui partait la gare centrale. Ça s’appelait « Galleria dell disco ». Ils avaient souvent des fins de série à prix cassé. C’est ainsi que je suis revenu à Paris avec les deux premiers « Led Zeppelin » et les albums « Black Sabbath », « Paranoid », « Master of reality » et « Black Sabbath Volume IV ». C’était des vinyles avec le coin de la pochette coupé, comme c’était le cas chez les soldeurs lorsqu’ils récupéraient des lots d’articles mis au rebut.

Autant les albums de Led Zeppelin m’ont dans un premier temps déçu (du moins à la première écoute, mais de toute façon j’en parlerai dans une autre chronique) autant j’ai bien aimé Black Sabbath, même si j’ai trouvé les albums très inégaux et la musique parfois un tantinet répétitive.

Les deux albums qui m’ont le plus enthousiasmé sont le premier et le fameux « Volume IV » (1972).

Aujourd’hui, mon avis reste identique à propos de ces disques même si entre temps j’ai appris à apprécier aussi « Paranoid » (1970). Par contre, « Master of Reality » (1971), que j’adorais à l’époque en raison de la présence des chansons « Solitude », « Orchid » et « Sweet Leaf » me paraît aujourd’hui nettement en dessous des trois autres.

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BLACK SABBATH (1970)

 Le premier album du groupe Black Sabbath porte donc le titre très original de Black Sabbath. Et tenez vous bien, la première chanson de ce disque s’intitule Black Sabbath. C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées (ou bien n’avoir pas beaucoup d’idées…, qui sait ?)

En tout cas, cette chanson pose les fondations du style du groupe d’une manière si archétypale que je conseillerais à celui qui veut se faire une idée de leur musique de commencer par là.

Tout y est : l’ambiance morbide de l’orage et du tocsin (même si rien ne l’indique, je suis sûr que ça se passe la nuit), la voix désincarnée, presque plaintive d’Ozzy Osbourne et cette pulsation lourde, énorme, de la rythmique guitare-basse-batterie, qui vous martèle ces trois notes de manière lancinante.

J’ai découvert récemment, en lisant l’article de Wikipedia, que cette chanson « est fondée presque entièrement sur un intervalle triton, joué sur une guitare à un tempo très lent (intervalle Triton qui, au Moyen Âge, était souvent associé au diable dans la musique occidentale, à cause de sa sonorité ressentie comme oppressante et effrayante). […] L’intervalle triton est également appelé intervalle de quarte augmentée, ou encore de quinte diminuée. Ce nom est dû au fait que cet intervalle fait exactement trois tons (ce qui donne triton), soit une demi-octave et il a pour particularité d’être un intervalle à mouvement obligé (qui demande donc à être résolu du fait de la tension qu’il engendre) »

Rien que ça, on peut dire que ça vous pose un groupe de hard-rock.

Cette tension, justement, qui n’en finit pas de monter tout au long du morceau, finit effectivement par exploser en un magnifique solo final. Un des meilleurs titres jamais composé par le groupe, qu’il a joué depuis à tous ses concerts sans exception (sauf erreur de ma part).

 Dans le « Dictionnaire du Rock » de Michka Assayas, la musique de Black Sabbath est ainsi décrite : « Son style primaire est vite mis au point : une espèce de blues rock ralenti au riff unique et répété, une voix au grincement monocorde et des paroles évoquant avec une emphase naïve Satan, la mort et l’apocalypse. » Et encore, ce n’est pas le plus méchant de ce que j’ai pu lire à propos de ce groupe, qui a très longtemps été dénigré par la presse rock. Celle-ci a ainsi prouvé une fois de plus à quel point elle était lucide et visionnaire. Le célèbre Lester Bangs écrivit par exemple dans le magazine Rolling Stone que ce premier album était constitué d’ « improvisations dissonantes aux guitares effroyablement rapides qui envahissent tout le périmètre musical sans jamais pourtant être synchronisées avec le reste. » On a connu Lester Bang plus inspiré. En outre, cette description ne ressemble tellement pas à la musique de cet album qu’on est forcé de penser qu’il a du se tromper de disque, voire de groupe, ou bien qu’il a passé le disque en 45 tours, ou encore qu’il était vraiment trop défoncé ce jour là.

Il faut toutefois admettre que le caractère répétitif de la musique est indubitable et que l’équilibre entre tension maîtrisée et répétition barbante n’est pas toujours atteint. Certains titres sont vraiment chiants, mais c’est surtout sur d’autres albums que celui-ci.

La suite du disque comporte en effet des morceaux assez variés et pas très « heavy », à l’exception peut-être de « The Wizard » et de « N.I.B. ». La part laissée aux passages instrumentaux est assez importante. Il n’y a pas trop de démonstration technique, comme cela deviendra malheureusement une sorte de constante dans le heavy metal, et on peut dire que l’influence de la période hippie est encore assez sensible. Elle ira d’ailleurs en diminuant sur les albums suivants, jusqu’à disparaître complètement après le Volume IV. Sur le premier album, le refrain de N.I.B., l’intro de « Sleeping village » ou certains passages de « Warning » ne sont, musicalement parlant, pas si éloigné d’un groupe comme « Jefferson Airplane ».

On trouve même parfois des passages presque swinguant, comme le début de la chanson « Behind The Wall of Sleep ». A propos de cette chanson, il faut mentionner le fait que le titre s’inspire d’un recueil de nouvelles de Howard P. Lovecraft (célèbre écrivain étasunien du début du 20ème siècle qui a inspiré de nombreux autres écrivains, pas mal de films et un paquet de groupes de hard rock).

Sinon, l’inspiration de Black Sabbath, au niveau des textes, est nettement plus éclectique que ne l’affirmait l’article du dictionnaire du rock mentionné ci-dessus. Certes, le diable ou la magie noire sont abordés dans certaines chansons, mais d’une part, il ne s’agit pas d’une simple utilisation grand-guignolesque de figures maléfiques mais d’une approche métaphorique dans laquelle ces figures sont évoquées en tant que symboles du mal qui corrompt l’humain, d’autre part, nombre de chansons abordent des thématiques nettement plus terre à terre. La chanson « War pigs » (sur le second album) est une dénonciation de la Guerre du Vietnam ; de nombreuses chansons parlent de la drogue (par exemple « Snowblind » sur le 4ème album) ; la chanson « Changes », sur ce même 4ème album, parle du divorce et de la douleur de la séparation.

Bref, et pour conclure, le premier album de Black Sabbath est un excellent disque, musicalement varié et dont l’apport à l’histoire du rock est indiscutable.

Black Sabbath - Black Sabbath (Verso)

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